Passer du rêve à la réalité

Sans titre  J’ai 44 ans. Passer du rêve à la réalité est devenu chez moi un mode de vie.

Je pratique le Life Running. Apprendre à vivre en « mode projet », c’est être non seulement l’écrivain de sa vie mais aussi le metteur en scène et le réalisateur. Je cours depuis 10 ans. J’ai « réalisé » plusieurs milliers de kilomètres de course à pied: des dizaines de courses chronométrées, 10km, 15km, 20km, semi-marathons, marathons, trails, qui représentent des centaines d’entraînements dont un stage de préparation au mythique UTMB. Grands moments de vie.

Aristote disait : « ce que nous devons apprendre à faire, nous l’apprenons en le faisant ». Je vous confirme : c’est en courant que j’ai appris à courir. C’est surtout en courant que j’ai appris à engager ma propre course et à développer mon style personnel.

C’est en courant que j’ai appris à aimer ma course, parce que de plus en plus, je la choisis. J’en suis l’auteur, le compositeur, et l’interprète. Et j’ai autant de plaisir à la rêver qu’à la préparer. J’ai autant de plaisir à épingler le dossard sur mon teeshirt le matin du D Day qu’à franchir la ligne d’arrivée. Yes, I can. Jusqu’au prochain défi, quand sera passé le temps du running blues.

Et si finalement je courais finalement depuis 44 ans ? Mes parents m’ont posée sur la ligne de départ le 31 juillet 1971 : «Vas-y, cours petite ». Notez que je n’ai rien demandé : je n’ai pas eu le choix !

Courir, c’est technique.

Personne ne nous apprend vraiment à courir. Existe-t-il d’ailleurs un mode d’emploi ?

J’ai longtemps pensé qu’il n’y avait pas de méthode. Chacun court comme il peut, en fonction de son environnement d’origine, de son parcours, et des rencontres qui le jalonnent.

Bien sûr il m’est arrivé de penser que certains coureurs avaient plus de chance et plus d’aptitudes que moi, ce qui a provoqué chez moi un sentiment d’injustice et de colère.

J’ai aussi croisé la route d’individus qui m’ont affirmé que je n’étais pas faite pour la course à pied : trop grande, trop lourde, bref pas le physique idéal. J’ai décidé de courir néanmoins, contre l’avis de coureurs ou de coach dogmatiques, qui ont décrété que je n’étais pas faite pour courir. J’ai cessé de courir les courses qui n’étaient pas les miennes, en ignorant toutes les bonnes intentions qu’on a eu pour moi sans me demander mon avis.

Et j’ai décidé de jouer avec mon jeu de cartes, qui comporte comme tous les jeux, des atouts, des faiblesses. Chaque kilomètre m’a construite et je n’en regrette aucun. J’ai fait de mes courses passées des outils utiles pour vivre pleinement mon présent, et engager mes courses futures, comme autant de joyeux projets. J’en choisis les distances, les objectifs, les rythmes. Je choisis aussi, précieusement mes compagnons de course.

Aujourd’hui, j’adore ma course. Je continue de courir. Chaque course est une aventure et m’apporte ses enseignements et ses rencontres. Je m’applique à toujours avoir des projets devant moi, des rêves à réaliser. Ces rêves ne provoquent pas chez moi un sentiment de frustration, comme l’enfant veut savoir avant d’avoir appris et parfois l’adulte aigri voudrait « avoir » sans jamais s’être engagé. Au contraire, de mes rêves émerge le désir de mettre en œuvre des projets. Et quand il m’arrive d’avoir peur, je reprends doucement l’entraînement. C’est dans la sueur que je dissous mes peurs.

Aujourd’hui je le sais, courir, c’est technique. Et s’il n’y a pas d’âge pour engager sa propre course, je vous invite à engager la vôtre dès aujourd’hui et pourquoi pas vous inspirer du Life Running.

Idée n°1, comment se fabriquer des rêves : INSPIREZ 

La toute première ébauche d’un rêve provient d’une inspiration. Et quand on pratique la course à pied, s’intéresser à sa respiration devient rapidement nécessaire. Passer du rêve à la réalité ressemble en fait au processus respiratoire chez le coureur: Inspirez, Expirez, Inspirez. Expirez, autrement dit un cycle de la naissance jusqu’à la mort.

J’inspire. Je m’ouvre. Je vais chercher de l’air à l’extérieur en prenant soin de dégager suffisamment les accès : ma bouche, mes narines. J’agrandis ma capacité d’accueil intérieure et je cherche la respiration ventrale.

J’expire. Je réalise mon mouvement respiratoire. Je produis l’énergie. Mon corps se tend. Mes muscles répondent. Je réalise l’effort nécessaire à ma course.

J’inspire. Je m’ouvre. Je vais chercher à l’extérieur des idées, des sensations, des émotions en prenant soin de dégager suffisamment les accès : mes yeux, mes oreilles, toute ma capacité d’observation du monde. J’agrandis ma capacité d’accueil en chassant mes deux ennemis majeurs, les peurs et les préjugés, les miens et ceux des autres.

J’expire. Je cours. Je crée ma course. Je vis ma course en pleine conscience, attentive à mes ressources et à mes sensations, tendue vers un objectif précis.

Rêver est l’étape n°1 de tout projet et donc de toute action. De la richesse et de la force de nos rêves dépend notre motivation à entreprendre et notre aptitude à dessiner notre ambition. Rêver, c’est déjà s’évader mentalement d’un présent familier aux contours connus. Une émotion se niche dans une expérience: un livre, une vidéo, une histoire, souvent une rencontre, et voilà que naît un rêve inspiré. La naissance du rêve traduit un désir d’autre chose, un élan vers un voyage « à l’étranger ». Et qu’est ce que l’avenir, si ce n’est un « voyage à l’étranger » ? Notre aventure personnelle ?

Autrement dit, pour passer du rêve à la réalité, encore faut-il avoir des rêves!

Comment naissent nos rêves?

Dimanche 8 avril 2013… le marathon de Paris avec Tommy

Beau temps sur Paris, je sors faire du vélo avec Tommy. Mon fils, 2 ans, est fièrement installé sur son siège-bébé devant moi et nous discutons sous l’œil amusé des touristes. Arrivés sur les quais de Seine, la foule se masse sur le pont Sully. Nous approchons, curieux. Jolie surprise : nous croisons le marathon de Paris. 48952 coureurs ont pris le départ de la course sur les 50000 inscrits. 98% des engagés ont tenu leur promesse de participation à ce challenge. Un coureur sur 5 est une femme. Plus d’un tiers sont venus d’un pays étranger pour courir dans notre capitale. 97904 jambes, sans compter les incroyables participants en fauteuils roulants, s’écoulent tel un long fleuve vivant sous un soleil de printemps insolent. Le ruban multicolore s’étire et des KW d’énergies sont tendues vers un même objectif: franchir la ligne des 42,195km. 48952 coureurs et aucun parcours ne sera identique : chacun sa préparation, chacun ses ressources, chacun ses rêves. Regarder tous ces coureurs m’inspire et provoque chez moi un désir puissant, presque une urgence: reprendre la course, courir avec eux. Je ne les connais pas et pourtant ils sont ma famille parce qu’ils sont en mouvement, vivants, courageux et ambitieux. Nous rentrons à la maison et je clique : inscription validée. C’est fait, je reprends la course.

Aucun rêve ne se construit en restant seul et isolé. Régulièrement je pars à la quête de mes émotions pour renouer avec l’envie. Résolument vivante, j’ai besoin de me nourrir et de nourrir mon imagination. « Qui n’a pas d’imagination n’a pas d’ailes. »  Cassius Clay – Mohammed Ali.

Lexique :

. Apnée : arrêt respiratoire involontaire. Dans le cas d’une obstruction par un corps étranger, la victime est initialement consciente et affolée, elle tente de respirer mais n’y arrive pas. L’apnée volontaire peut être utilisée pour protéger les voies aériennes contre un milieu non-respirable

. Insuffisance respiratoire aiguë : elle peut survenir en cas d’intoxication par un polluant. Elle nécessite une prise en charge urgente au risque parfois d’avoir des conséquences très graves.

 

Préconisation Life Running :

1- agrandir son territoire « jeu-rêve »

2- chasser le caillou de sa chaussure

A quel coureur voudriez-vous ressembler? Qui sont vos idoles, vos modèles ? Parmi tous ces coureurs que vous fréquentez sans les observer vraiment, votre famille, les amis de votre famille, vos professeurs, lequel vit une trajectoire inspirante, qui vous donne envie de courir à votre tour? Qui éveille chez vous  une émotion suffisamment forte pour provoquer un irrésistible élan, vers votre propre course?

 

Observer et fréquenter, si c’est possible, les champions reste une bonne idée pour trois raisons.

La première c’est que depuis toujours le champion inspire, à défaut d’une vocation au moins une envie. Puisqu’il réussit, pourquoi pas moi ? A noter : tous les champions ne sont pas des stars. Chacun choisit ses propres champions: ce vieil homme de 80 ans aux 10km de Boulogne, cette maman et sa fille handicapée qui courent ensemble la Parisienne, ce groupe d’étudiants qui courent pour la recherche, cet homme de 100kg qui se lance dans son premier 7km. Souvent mon admiration va à des valeurs qui me touchent et m’inspirent: courage, persévérance, générosité, sincérité.

 

La deuxième raison c’est qu’aucun champion n’est né champion. Ils le sont devenus. De quelle façon ? Observer les performances peut faire rêver. Comprendre les origines de la performance, c’est partir à la recherche d’un mode d’emploi. A chacune de mes courses, je pars à la rencontre de nouveaux coureurs: j’aime écouter les histoires et comprendre les trajectoires.

La troisième raison, c’est que certains champions deviennent d’excellents coachs. De runneuse inspirée, j’aspire à devenir une runneuse inspirante, avant tout pour les observateurs attentifs que sont mes enfants. Apprendre et « être appris » tour à tour dans un mouvement sans « je donne & je reçois ».

Idée n°2, de l’inspiration à l’aspiration : CLICKEZ

L’inspirateur est passé. Il a semé sa graine de rêve. L’idée a germé. L’envie a grandi. Il est temps pour le rêve de prendre chair. C’est le moment de passer à l’action. C’est le temps de passer de l’inspiration à l’aspiration. J’ai envie de courir. Les jambes me démangent. Je veux maintenant que ce désir, cette idée dans ma tête descende dans mes jambes. J’ai besoin que mon rêve se transforme en réalité. Mais par quoi commencer?

 1-Suivez les provocateurs

Derrière chacune de mes courses se cache un provocateur. Il me semble d’ailleurs que l’on commence rarement sa course en courant pour soi-même mais souvent pour accompagner quelqu’un dans sa course. De mes premières courses, je n’ai donc choisi ni la distance, ni le temps estimé, incapable de dire de quoi j’étais capable. J’ai simplement répondu à l’invitation d’un coureur. J’ai dit oui à une proposition. J’ai d’ailleurs rarement refusé une invitation à vivre une course, surtout quand il s’agissait de faire plaisir à mes enfants ou d’aider un ami.

Octobre 2004, ma première course

Quand la directrice de l’école m’a demandé de participer au cross de l’école, j’ai dit oui bien sûr ! « Venez Mme Buisson, ça fera plaisir aux enfants, c’est sans prétention, ambiance décontractée. Et puis vous savez, l’essentiel, c’est de participer. » J’avais 35 ans, j’étais plutôt en forme physiquement, ou plutôt je le pensais. Quand je suis arrivée ce matin d’octobre, avec mon vieux survêt et mon teeshirt en coton, je les ai vus. J’ai tout de suite compris. Les autres parents étaient là. Vêtements techniques, silhouettes athlétiques, échauffement en cours. Electricité dans l’air. Concentration maximum. Ça sent la compétition. Ca n’était pas un cross amateur, c’était un sprint de 3km. Ce jour là j’ai pris ma 1ère leçon de Life running…

 

Automne 2005, mon premier 10km chronométré : je m’entraîne avec Marie Ange pour l’accompagner sur son premier marathon.

 

Avril 2006, mon premier 21km : j’accompagne Marie Ange et Gérard sur leur premier marathon. Aux 10km initialement prévus (du 21ème au 31ème) s’ajouteront les 10km suivants car je n’ai pas eu la force de les « laisser tomber ». Face à leurs douleurs du 31ème km, je me sens un inexplicable devoir de soutien. C’est comme si arrêter ma course compromettait la leur : un premier marathon, je ne peux pas leur faire ça. A la limite de la superstition, je poursuis la course avec eux, pour eux; 21km sans entrainement, mes pieds s’en souviennent encore.

 

Toutes les expériences n’ont pas été agréables. Toutes mes courses n’ont pas été réussies. Tous les compagnons de courses n’ont pas été de joyeux compagnons. Mais c’est en courant leur course que je me suis enrichie d’expériences vécues. C’est en courant leurs courses que j’ai appris à me connaître. Je sais aujourd’hui ce qui me motive, quel est mon carburant. Je connais mieux mes ressources et j’ai une vision claire de mes freins et de mes faiblesses. Je connais mes distances idéales, je connais les courses sur lesquelles je me sens bien, celles encore qui me font rêver.

 

2- Identifiez vos « pourquoi pas »

A côté des provocateurs, ces gens qui vous invitent dans leur course plus qu’ils ne vous aident à courir la vôtre, en cherchant bien, vous trouverez toujours un « pourquoi pas ».

Le « pourquoi-pas » est une personne qui a une attention particulière à vous. Parce qu’il vous vous observe et s’intéresse sincèrement à vous, il identifie votre potentiel. Il repère aussi vos freins sans complaisance mais avec une grande bienveillance. Personne n’est parfait. Et c’est tant mieux. Le « pourquoi pas » vous consacre du temps de qualité. Un regard suffit parfois. Le « pourquoi pas » est une personne qui croit en vous, et qui nourrit une confiance que vous n’avez pas (encore) en vous même.

Quand votre rêve émerge, fréquenter assidûment un « pourquoi pas » donne la possibilité de tout ! Partagez votre ambition avec des optimistes. Le coureur n’est-il pas par définition optimiste ? Comment prendre le départ de la course sans penser la finir ?!

3- S’inscrire … à un 10km

S’inscrire à une course d’accord, mais quelle distance choisir ?

Passer du rêve à la réalité est une démarche itérative. Il est difficile d’envisager de participer à un marathon sans avoir couru a minima un semi marathon. Préparer un ultra trail est un projet sur le long terme. Il n’existe pas de petite ambition. Mais une ambition qui ne se concrétise pas devient soit une utopie, soit un vieux rêve aigri qui rabougrit son propriétaire. Soyez donc ambitieux ET réaliste. Organisez votre succès.

Le coureur est un être éminemment pragmatique : pendant la course, il me sera impossible de tricher. Mon corps se rappelle toujours à mon bon souvenir. Un manque de préparation se paie cash. Un mental défaillant consomme trop énergie et plombe mes jambes. Dormir peu et négliger de me nourrir sont aussi des risques de compromettre mon plaisir et ma performance.

Pour réaliser ce premier exploit, qui consistera à finir la course engagée, je commence toujours par m’inscrire. A partir du moment où je suis inscrite à une course, il faudrait que je sois à l’article de la mort pour ne pas me présenter sur la ligne de départ le jour J. Inscrire le début de son projet dans le temps, c’est l’extirper de votre zone de rêve pour le faire entrer dans le concret.

Le premier rendez vous est toujours un rendez vous avec soi même.

4- Jusqu’au jour J

Je n’aime pas souffrir plus que nécessaire. C’est pourquoi j’aime organiser un rétro-planning d’entrainement. Je place des repères dans le temps et je me rassure aussi : je mets en place les moyens de mon projet. Je prépare toujours mes courses car je sais que la performance d’une course dépend en très grande partie de la qualité de la préparation.

Il m’arrive néanmoins d’arriver préparée « au minimum ». Et pardon de le dire, mais j’ai vraiment toutes les meilleures raisons du monde: le temps consacré à mes 3 enfants, à mon amoureux, ma charge de travail, la pluie, le froid… Ce ne sont jamais les excuses qui manquent pour ne pas prendre pas s’être entrainée correctement !

Comme par hasard, sur la ligne de départ, comme à l’école, je croise les bons élèves, ceux qui à l’inverse de moi, ont suivi à la lettre le manuel du parfait coureur. Pour contourner l’intoxication morale et un sentiment de culpabilité parfaitement inutile, je me présente dans mon sas avec une conviction chevillée au basket : je suis préparée au mieux que j’ai pu me préparer. Je vais jouer avec mon jeu de cartes présent. J’ai appris à « courir avec » et à « courir sans ». Concentrée, je renoue avec l’excitation du 1er click. Je vais chercher la joie profonde : je suis en mode « from fear to faith ».

Je n’aurai pas d’excuse, quoiqu’il arrive, je serai sur la ligne de départ. A partir du moment où j’ai cliqué, j’ai signé un contrat avec moi même. Il m’est impossible de ne pas me présenter au départ de la course. Respecter mes engagements, c’est primordial. C’est ce qui fait de moi quelqu’un de fiable auprès des autres. C’est aussi ce qui nourrit ma confiance en moi. Et personne, personne ne fera jamais la course à ma place.

Idée n°3, RUN & FEEL !  

1- Commencer par la fin

Je m’imagine en train de franchir la ligne d’arrivée. Je me fais le film du 10ème, 20ème ou du 42ème kilomètre. Je rêve rarement des passages de course difficiles, ces moments, qui ne manquent pas d’arriver à chacune de mes courses, où je me dis « pourquoi je fais un truc pareil ?!! ». J’imagine la fin mais aussi l’excitation de me présenter sur la ligne de départ. Je vais rejoindre les autres coureurs qui sont ma famille pour le temps de la course. J’adore me retrouver dans une rame de métro avec des inconnus qui portent le même teeshirt. Echanger des sourires gratuitement parce qu’on fait partie d’une même entreprise, parce que d’une certaine façon, nous allons faire la course ensemble, c’est très motivant.

2- Rechercher l’autonomie mais quitter la solitude 

Aucune détermination n’est sans faille. Dès que le départ du projet, je mets en place mes propres garde fous : je sais que je peux (je vais !) facilement trouver 1000 excuses, toutes aussi légitimes les unes que les autres, pour ne pas aller au bout de mon projet, ou pour ne pas m’entraîner. Trouver des bonnes raisons de ne pas poursuivre ou se raconter des histoires est un comportement aussi absurde qu’aisé à mettre en oeuvre. L’idée est donc de se créer artificiellement un maximum de garde fou contre ce type de comportement. Quoi de plus facile que de s’engager officiellement aux yeux des autres ? Parler de son projet présente trois avantages : ancrer le projet dans le réel, ne pas se mettre à l’abri d’aide ou de conseil et bien entendu, créer un club de supporters !

3- Réclamer de l’aide

Marathon de Paris 2009, 28ème kilomètre : je n’en peux plus. Je suis vidée. J’ai couru sur mes réserves sans vraiment gérer mes ressources. Je suis le rythme de mon compagnon de course qui n’est plus tout à fait le mien. Est ce encore ma course d’ailleurs ? Là, tout de suite, mon corps se rappelle à moi. Pas seulement mon corps. Je suis découragée. Fatiguée de la tête. Le gros sum. Envie d’arrêter et de rentrer. La première station de métro et j’abandonne. Et soudain j’entends mon prénom. Quelqu’un dans la foule crie Delphine, elle est là ! Ma petite sœur et sa famille sont sur le bord du parcours. Charline est perchée sur la tête de mon cher beau frère. J’attrape le sourire de ma sœur et de mon filleul. La joie de me trouver après la peur de ne pas m’avoir vue passer. Ils m’ont fait la surprise. Je ne m’y attendais pas. Tant de fierté dans leurs yeux…Je lis aussi tout l’amour qu’ils ont si simplement pour moi. Que je finisse ou pas ne changera pas leur vision de moi. Exempts de jugement, généreusement présents, les voilà tous là, supporters inconditionnel, rien que pour moi. Une énergie énorme me gagne. L’émotion se transforme en une formidable énergie. A cet instant, je sais que je vais finir. A l’adrénaline, j’avale les prochains kilomètres et je remonte des places. Quoiqu’il ! Je finirai.

4- Choisir la couleur de mon sas

Il existe autant de façons de courir un 10km que de coureurs qui prennent le départ. La couleur du sas de départ détermine le temps dans lequel vous espérez finir la distance de la course : 30’ ? 40 ? 50’ ? Changer de sas, c’est changer de monde ! En choisissant la couleur de votre sas de départ, vous allez choisir vos compagnons de course. Plusieurs options s’offrent alors. Le faux modeste démarrera avec des coureurs plus lents que lui, qu’il remontera en se donnant l’illusion qu’il est plus fort. L’ambitieux choisira de courir avec des coureurs plus rapides que lui, comptant sur l’émulation pour améliorer sa propre performance. Je suis tour à tour l’un et l’autre, mais le plus souvent j’essaie de calibrer mon sas, de courir en harmonie avec mes pairs et surtout avec moi même.

5- Vive les objectifs SMART !

Dès que j’ai choisi la distance, le plan d’action, autrement dit le chemin pour y parvenir, peut devenir précis. Parce ce que je choisis le format de ma course, je m’entraîne en fonction d’un but précis : franchir la ligne d’arrivée.

Prendre le départ d’une course, c’est toujours audacieux. Finir la course, c’est autre chose. D’une certaine façon, le chrono importe moins que la mention « Finisher » sur mon tee shirt. Aucun runneur ne partage cette idée curieuse que l’essentiel, c’est de participer ! S’il n’imagine pas pouvoir finir, le runneur ne prend pas le départ. Et sur les grandes courses trop longues ou trop difficiles pour pouvoir être « répétées » avant le jour J, l’essentiel sera d’avoir essayé de finir !   Un ultra traileur ne sait jamais s’il va terminer sa course. Dans le monde du running, il y a les finishers, et il y a les autres. Avoir participé à un marathon et avoir fini un marathon, ça n’a rien à voir.

A cet objectif d’être finisher, s’ajoutent d’autres objectifs secondaires tout à fait personnels: ne pas dépasser un temps maximum, courir en équipe, courir avec un niveau de souffrance jugé acceptable, prendre un maximum de plaisir. Le runner met des ressources physiques et mentales en face d’objectifs de courses SMART : Spécifiques, Mesurables, Ambitieux, Réalistes, Temporellement définis. Un chrono s’améliore par rapport à un chrono précédent. C’est en courant que j’ai pu créer mon propre référentiel de performances, et ainsi je peux à chaque nouvelle course, poser mes propres exigences de performance, écrire mes objectifs personnels.

La course est souvent une compétition contre soi même. Mais les courses où je cours AVEC moi même sont étonnantes.

6- Optimiser mes ressources

Chaque course alimente mes ressources mentales: mes rituels préparatoires, le plaisir et les joies, décuplées par le partage, les larmes de détente aussi, quand la tension lâche enfin. De nombreuses sensations sont mémorisées dans ma peau et dans mes jambes, autrement dit dans mon cerveau (CF chapître #4). Toutes les émotions ressenties, les sensations éprouvées sont soigneusement rangées dans ma bibliothèque mentale.

De mes contre performances, je conserve essentiellement l’historique du chemin qui m’a conduit à cette contre performance. Je me laisse gentiment le temps de la digestion émotionnelle : « j’ai raté ». Puis, la tête plus froide, j’essaie d’examiner les faits, sans me chercher d’excuse mais sans m’en vouloir non plus ! Il faut dire que je suis une ex-championne du monde du concours d’autruches : mettre la tête dans le trou, éviter soigneusement de regarder la réalité en face, attribuer l’échec au manque de temps, à la pluie, à quelqu’un d’autre, je connais. Aujourd’hui je pratique différemment ce qui est beaucoup plus efficace. J’utilise la technique du Run & Replay, connue des sportifs de haut niveau : tant qu’à se planter, autant en tirer des leçons. Les mêmes comportements entrainant les mêmes effets, je cherche donc ce que j’aurais pu faire différemment, pendant la préparation ou pendant la course, pour que la course se déroule différemment ou que l’issue soit plus satisfaisante. Je ne manque pas d’associer autant que possible, mes « pourquoi pas », pour éclairer mes résultats et nuancer mes perceptions. Depuis que j’ai renoncé à être parfaite et à avoir toujours la bonne réponse, ma course est bien plus plaisante et mes performances bien supérieures

7- Être confiant, pas présomptueux

Deux fois marathonienne, il m’est pourtant arrivé de beaucoup souffrir sur un 10km parce que je suis partie trop confiante. J’avais déjà couru et toujours fini plusieurs 10km. J’ai appris à respecter chaque kilomètre. Partir concentrée, avec la ferme intention de finir, c’est indispensable. Mais prendre le départ d’une course comme si elle était déjà faite, c’est vraiment prendre un risque inutile.

8- S’attendre à la difficulté

Une des plus grandes leçons de Life running est sans aucun doute la gestion des moments difficiles. On rêve rarement des moments difficiles ou douloureux en s’inscrivant! En revanche la réalité nous rattrape. Le temps de la « perspiration » arrive : persévérance et transpiration !

Dès l’inscription à ma course, je sais que dans mon projet, il y aura des efforts à fournir, et que nécessairement je vais souffrir. C’est peut être ce qui fait que les coureurs passent pour des fous auprès des non coureurs. Pourquoi se faire mal ? Il s’agit moins de se faire mal que d’engager une démarche de progrès, de changement. Et aucune transformation ne se fait dans le confort ou la facilité.

Quelle que soit la distance, je sais qu’à un moment donné, la course sera difficile. Je vais retrouver mes paliers de découragement : 3ème kilomètre, 7ème Kilomètre, 13ème, 19ème. La différence entre un coureur cycliste et un autre se fait toujours dans la montée des cols. L’aptitude à persévérer, à ne pas abandonner, est une compétence qui se travaille. Plutôt que de courir à contre courant des mes sensations douloureuses et de mes émotions de découragement, je les accueille. Le « je vais bien tout va bien » de Mr Couet ne fonctionne pas. Plutôt que de me dire « mais si, tu vas bien », « mais non, c’est pas dur », j’écoute vraiment et je ne me mens pas: « En ce moment, c’est difficile, je souffre ». Mais une conviction m’anime, et c’est pendant mes trails que j’ai appris à apprivoiser la douleur, physique ou mentale : ça va passer, forcément, à un moment, ça passe.

Septembre 2014 – PARIS . VERSAILLES

J’ai décidé de m’inscrire sur une invitation SMS gentiment provocante de mon ami Pascal : « Chère Delphine, demain, ouverture des inscriptions ». Jour J. Une équipe de jeunes polytechniciens est dans les starting block, surexcités. C’est incroyable : depuis 10 ans que je cours, j’observe que de plus en plus de jeunes courent : joggeurs du dimanche, ils sont également présents sur des compétitions, voire, ce qui est étonnant, sur des courses un peu longues. Nous engageons la conversation et le jeune homme me demande quel temps j’ai prévu de faire. LA question. Quel est mon objectif de performance ? Je lui réponds que c’est une course que je n’ai jamais courue, et que je ne suis pas très préparée. Qu’en l’occurrence, mon objectif est de la finir sans arriver dans un état lamentable qui ruine mon dimanche ! Je prévois de courir à la sensation et d’avoir recours à la mémoire dans ma peau, privilège de mon grand âge (on devient vite « le vieux » de quelqu’un) et surtout de mon expérience de runneuse. Les jeunes ingénieurs continuent de plaisanter tout haut et le jeune homme, grand sourire insolent, traduit à haute voix ce que des coureurs chevronnés peuvent penser tout bas : « quelle arrogance ces jeunes !! » me lance-t-il avec un humour provocant. J’adore. Heureusement que nos jeunes sont arrogants. Ils ont le temps de prendre des leçons. Ils ont le temps d’apprendre qu’ils vont prendre des taquets. Je les laisse à leur joie, j’ai de la tendresse pour eux.

Entre rêve et réalité, trois étapes sont nécessaires pour réaliser ma course: Inspiration, Aspiration, Perspiration. J’ai engagé ma propre course, créé mon style et je vis une trajectoire personnelle choisie qui me replace régulièrement sur la ligne de départ. Je cours souvent en pensant à Jack, traileur de 96 ans, qui nous a laissé cet immense conseil : on ne s’arrête pas de courir parce qu’on vieillit, on vieillit parce ce qu’on s’arrête de courir. Parfois je fais des pauses mais toujours je repars. Et je n’oublie pas qu’entreprendre sa course, c’est finalement être membre actif du plus grand club de rencontre du monde.

 

 

 

 

 

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