De Blanche-Neige à Kathrine Switzer

Women : OSER S’ELANCER  (extrait du livre « Courir sa vie ») 

De Blanche-Neige à Kathrine  Switzer

Blanche-Neige, Cendrillon, la Belle au bois dormant, telles furent les princesses qui inspirèrent ma vie de petite fille. Merci Walt Disney. Les consignes étaient simples, efficaces : « Siffler en travaillant » (vaisselle et ménage), « faire plaisir » (aux autres), de préférence « Etre belle » et agréable à regarder donc. Ces ambitions prêtes à l’emploi, traçaient pour nous la voie d’une vie heureuse grâce à deux promesses alléchantes : « Un jour ton prince viendra » (et il fera ton bonheur ?) sans oublier le traditionnel : « Et ils vécurent heureux, longtemps, et eurent beaucoup d’enfants ».  Nous fûmes ainsi encouragées à adopter une posture attentiste, semi-passive, attendant d’être trouvées et réveillées par le prince charmant, attendant d’être préférées puis choisies pour toujours.

Ma mère, sans s’en rendre compte, poursuivit la tâche de Walt Disney, en nous répétant à mes sœurs et à moi, durant notre enfance : « Ne réclame pas, ça ne se fait pas ». Et d’ajouter fièrement : « De toute ma vie, je n’ai jamais rien réclamé, de cette façon, je ne dois rien à personne ». Je grandis donc avec l’idée saugrenue qu’il faut tout faire toute seule, de préférence sans se plaindre et surtout sans jamais réclamer. Je plantais moi-même, par héritage, la graine de mes futures solitudes. J’apprendrai plus tard le bonheur d’être en dette auprès de créanciers trop heureux de se rendre utiles et agréables.

Quand je mis au monde mes deux filles, je commençais par poursuivre la tradition familiale : « Les chéries, ne réclamez pas, ça ne se fait pas ». Heureusement, la vie, Mulan et Pocahontas, passèrent par là et rapidement, je rectifiais : « Les chéries, Maman s’est trompée : réclamez ! Surtout réclamez ! Apprenez à réclamez, à dire ce que vous voulez, sinon vous n’aurez rien ou si peu ! Pire, on choisira pour vous !».

En 1967, Kathrine a vingt ans. Elle étudie le journalisme à la faculté de Syracuse. Kathrine est sportive, elle aime courir. (…) Elle court avec son petit ami footballeur américain Tom Miller. Arnie Briggs quant à lui, l’entraîne. Il a cinquante ans et a plusieurs fois été vétéran du marathon de Boston. Il est très excité à l’idée d’entraîner une femme à la course à pied et pour motiver Kathrine, il lui raconte des histoires du marathon de Boston sans avoir conscience qu’il est en train de semer la graine d’un rêve. Kathrine a envie de participer, elle veut courir un marathon. Dans les années soixante, la course est exclusivement masculine. Pourtant, le règlement du marathon ne stipule pas qu’une femme n’a pas le droit de courir. « A l’époque, si nul règlement n’interdit la participation d’une femme à un marathon, il est tacitement convenu qu’elles ne peuvent physiquement venir à bout d’une telle épreuve », raconte Mathieu Le Maux dans son ouvrage le Dico du Running.

Quelle utilité, dès lors, d’interdire quelque chose d’impossible ?

Dossard n° 261 C’est dans ce contexte, qu’en 1967, Kathrine Switzer va changer pour toujours cette idée non fondée.

 (extrait du livre « Courir sa vie »)

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